Nous avons
tous vu dans la presse cette publicité pour le parfum Pour un homme de CARON avec, en figure centrale le rugbyman Sébastien Chabal...
Je ne suis intéressée ni au rugby, ni aux parfums pour hommes, et pourtant, cette image a, à chaque fois arrêté mon regard, pourquoi ?
Postulat de départ
Le code iconographique et symbolique charge le message publicitaire d'une forte valeur ajoutée connotative... en évoquant explicitement deux personnages issus
du Livre des Juges et des Rois, ( Ancien Testament ), texte majeur, partagé par les populations affiliées aux 3 grandes religions monothéistes... Mon cerveau ne verrait donc pas
seulement ce qu'il voit, mais aussi tout ce qui hante son souvenir et son imaginaire, à partir des indices identifiés.
Référence au mythe
1° Personnage : SAMSON, le nazir (ndr : « le consacré ». )
Jeune homme à la longue chevelure, que son dieu a doté d'une force extraordinaire, pour qu'il la mette au service de la lutte des Hébreux contre les Philistins (« juge »).
Sorte de brute au grand cœur, il est trahit deux fois par des femmes (philistines) qui ont su le séduire :
- Son épouse, lors de leur banquet de noce
Ce qui lui coûtera 30 tuniques, et qu'il paiera dans le meurtre et le saccage du pays philistin.
- Dalila, à qui il a confié : « le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, car je suis consacré à Dieu depuis la naissance. Si j'étais rasé, je cesserais d'être l'homme de Dieu, je serais un homme comme les autres et je perdrais toute ma force. »
Elle le livrera pour quelques pièces. Il sera tondu dans son sommeil, on lui crèvera les yeux et il sera enchaîné à une meule...
Lors d'un grand banquet, il implore Yahvé, qui lui donne la force de faire s'effondrer le temple où il meurt avec les ennemis d'Israël.
2° personnage : ABSALOM, fils de David
Exilé pour avoir tué son demi-frère qui avait abusé de sa sœur, il est d'abord exilé, puis
pardonné.
On dit de lui : « Absalom au mauvais caractère était l'homme le plus beau et le plus gracieux de tout Israël. Un de ses charmes consistait dans sa
chevelure » On raconte qu'il ne se résignait à les couper, une fois par an, que parce qu'ils étaient si lourds qu'ils en devenaient invalidants..
Ambitieux, il trahit son père et usurpe le pouvoir, mais meurt de manière tragique dans la bataille qui les oppose : emporté par son mulet, alors qu'il traverse une forêt, son épaisse
chevelure s'emmêle aux branches, où il reste pendu.
Analyse
2 héros virils, revendiquant, à la fois leur beauté mâle et leur force brutale ; et dont la chevelure, est tout ensemble leur force et leur faiblesse.
Mais : l'un s'affirme comme une figure positive,
l'autre comme négative
S. Chabal, choisi et distingué dans les médias pour cette chevelure atypique, est mis en scène dans cette esthétique biblique .
Mais dans quelle filiation s'inscrit-il alors ?
Le rugbyman charismatique, a la mine sévère, ses cheveux longs flottent mollement, il a le regard fixé sur le lointain ... comme aspiré par quelque chose au delà de nous. Ici vêtu comme un moine zen, tenant le ballon ovale d'un noir laqué, comme une offrande, il paraît concentré et détaché du réel immédiat...
Par ces détails redondants dans leur signification, il s'ancre donc du côté du pieux Samson , dans la posture d'un « juge » : c'est-à-dire « héros envoyé par Dieu au secours de son peuple ».
Une interprétation d'ordre mythologique, confortée par la rhétorique employée habituellement autour du rugby où l'on parle de « dieux du stade » à côté de la classique rhétorique guerrière du « bouclier de Brennus ».
Anti-Barthez dans le fond comme dans la forme, Sébastien Chabal devient ici symbole d'une beauté virile où la force est sublimée par la transcendance et la discipline : c'est l' « art » dont la marque le réclame.
Il incarne ainsi l'Homme d' « aujourd'hui » synthèse de toutes les tensions de la masculinité, et de toutes les traditions : biblique, asiatique, gréco-romaine...
Le détour par les archétypes , en abolissant pour Caron les barrières de l'espace et du temps, offre ainsi un champ immense de possibles identifications, comme autant de promesses de vente.
Contact : Junior Agence au 03 80 39 56 72 / marie.galimard@u-bourgogne.fr
A la fin du XX° siècle, un département important dans la structure des organisations, s'est trouvé partout rebaptisé. Sans grand tapage, et même, dans une indifférence quasi générale la « direction du personnel » est devenue « département des ressources humaines ».
Pourtant il s'agissait là d'un bouleversement de taille.
Car il est sans cesse à souligner que les modifications apportées au lexique ne sont jamais anodines.
Mais pour tenter d'en comprendre ici toute la portée, nous allons nous appuyer sur deux enseignements clés de la linguistique.
Le premier, que nous devons aux travaux de pionnier de F. De Saussure (1906-1910), nous apprend que le SIGNE LINGUISTIQUE , est constitué de deux entités indissociables qui sont : le Signifiant (forme)et le Signifié (concept)
Le sens pris par le signe linguistique étant déterminé :
- par le lien arbitraire du signifiant et du signifié
(la convention qui fait que /pomme/ signifie ð)
- par la combinaison des sens dénotés et connotés attachés au signifié
(/pomme/ signifie tout autant: le fruit, le péché originel etc...)
Le second, que nous devons à l'Ecole de Palo Alto, attire notre attention sur le fait qu'un message ne prend son sens que dans sa mise en contexte.
Chacun des éléments, en tant que tel, et dans son interaction avec les autres, participant du sens .
De ces deux rappels théoriques, nous pouvons tirer la conclusion que toute modification , si infime puisse-t-elle sembler, dans la conception et la diffusion d'un message verbal, impacte son sens , pour l'émetteur, comme pour le récepteur.
Que nous enseigne alors la substitution nominale présentée plus haut ?
« Direction du Personnel » :
. réfère à deux entités distinctes
. renvoie à un antagonisme de rôles (direction VS personnel)
. marque explicitement son rattachement au sommet de la hiérarchie
. une hiérarchie verticale de l'organisation, préférentiellement descendante
« Département des Ressources Humaines » :
. « département » pose d'emblée le cadre d'une relation horizontale
. le qualificatif « humain » suggère une similitude, une parenté, une communauté
. quant au générique retenu : « ressources » il est connoté de manière positive, par opposition à « manques, défaut »
On a donc substitué une dénomination qui induisait l'idée d'une autorité d'essence, de type hiérarchique, unilatérale et potentiellement conflictuelle ; par une autre qui de manière redondante, installe une relation égalitaire, transversale, entre les différentes parties prenantes. Il s'agit cette fois d'induire l'idée d'une coopération en vue d'une optimisation, mutuellement satisfaisante, des compétences humaines.
Du côté de la réception, certains seraient tentés de voir, plutôt, derrière une volonté affichée de coopération, un glissement symptomatique, traduit ici dans le mot « ressources », d'une conception de l'outil de production qui met sur le même plan la gestion des moyens humains, des biens mobiliers ou immobiliers, et des matières premières.
Car le sens n'est jamais immanent, il est affaire de construction individuelle ... Et il est bon de l'avoir toujours à l'esprit...

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