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Mardi 17 février 2009

La validité un peu effrayante des scénarios qui s'esquissent en matière de prospective environnementale, n'aurait sans doute pas suffi à modifier leur réception dans les différentes opinions publiques, si le message des écologistes n'avait été profondément modifié dans sa forme.
La sensibilisation récente à la cause écologiste, doit en effet beaucoup, au remaniement du message et de ses supports.


De manière évidente, une révolution s'est d'abord opérée dans le mode d'approche.
      

Dans les années 1990, Nicolas Hulot avec l'émission Ushuaia, et Yann Arthus Bertrand avec La Terre vue du Ciel, ont été en France, les initiateurs d'un discours militant qui ne passait plus par cette méthodologie scolaire consistant à affirmer sur un ton dramatique une thèse catastrophiste, et impliquant des changements radicaux, doublés d'une  ascèse consumériste.

Occultant tous les deux, le volet analytique, dogmatique, verbal, de la réflexion, ils ont proposé, chacun avec leurs outils - le reportage télévisé pour le premier, la photographie pour le second - une approche émotionnelle, artistique, fondée sur l'image.

L'album du photographe a connu un succès international, ses clichés sont repris sur de multiples supports, ils furent même l'objet d'un film projeté au cinéma.

       

Aujourd'hui, Yann Arthus Bertrand explicite et théorise désormais sa démarche, mais cette  manière originale, à l'époque, de donner à voir, à éprouver, puis éventuellement, à réfléchir, de manière individuelle et libre, a été capitale dans le phénomène de sensibilisation à la cause écologiste.

Où l'écologie classique continuait le LEARN - DO - FEEL d'une pédagogie rébarbative, Yann Arthus Bertrand et Nicolas Hulot, initient un : FEEL - LEARN... DO if you want it,  qui rencontre l'adhésion du public occidental individualiste et jouisseur.


L'autre nouveauté, nous venons de l'évoquer en creux, est dans les supports de communication.

Même si les actions coup de poing façon Greenpeace ou faucheurs d'OGM restent un des leviers de la communication écologiste, le recours aux canaux audiovisuels a permis de toucher, sur un mode plus apaisé, plus attractif et donc plus large, des cibles nouvelles.

Un phénomène, qui va décupler l'audience des thèses écologistes.

Quand Eric Schlosser avait publié son livre enquête Fast Food Nation : the dark side of the all american meal, en 2001, il était passé presque inaperçu en Europe. Mais quand, en 2006, il est porté à l'écran, il devient un phénomène de société, qui alerte les omnivores que nous sommes sur les dangers que l'industrie agro-alimentaire fait courir à notre santé, et il fait vaciller la maison Mac Donald.

We feed the world, sorti en France en 2007, en même temps que Le monde selon Monsanto, l'enquête de Marie-Monique Robin, diffusés en salles, puis en DVD vont, non seulement donner une large visibilité aux problèmes évoqués, mais aussi donner le temps aux idées de se diffuser.

Al Gore en obtenant en 2006 le prix Nobel de la Paix grâce au film  An inconvenient truth, a bien évidemment largement contribué à convaincre de l'efficacité de ce média, puisque grâce à cette distinction, il donnait une publicité mondiale,  et une caution prestigieuse à la cause environnementale.

Bien sûr, il y avait eu déjà de grands films où l'argument écologique était sensible (Gorilles dans la brume, Out of Africa..) mais il s'agissait toujours d'un second plan, d'un décor à l'argument narratif, pas comme nous le voyons dorénavant, du cœur du film, et de la motivation première des spectateurs qui achètent leur billet...


Un succès qu'exploite de plus en plus largement la télévision dans de multiples formats, comme ce programme proposé par France 5 sous le titre Les Report Terre .

L'apparence d'une émission de télé-réalité classique, à ceci près que par l'intermédiaire des 10 candidats sélectionnés, elle offre au téléspectateur, un tour de l'Europe des initiatives écologiques les plus créatives.

Se voulant un programme de divertissement et d'éducation, optimiste et joyeux, à destination d'un large public, elle mélange le concept du road movie d'aventure et la pédagogie, faisant alterner reportage, interview et commentaires en plateau. On a ainsi pu y voir entre autres actions, comment la municipalité d'une ville d'Allemagne avait opté pour une démarche contraignante de développement de panneaux photovoltaïques ; ou comment un groupe de passionnés avait redonné vie à un petit village d'Italie, rénové selon des techniques à la fois traditionnelles et très novatrices, devenant ainsi une destination touristique prisée, ou encore comment en Hollande, on a solutionné d'un seul coup de création astucieuse : pénurie d'habitat et recyclage des containers ...

De quoi bousculer les stéréotypes et donner des idées aux sceptiques ...


Et le public en redemande !





Par étudiants MASCI 2
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Dimanche 1 février 2009

Avec La terre vue du Ciel, Yann Arthus-Bertrand a initié une démarche militante d'un genre et d'une résonnance nouvelle.

Sillonnant la planète en pointant son objectif en surplomb, il a su rendre palpable à des millions d'individus dans le monde, l'extraordinaire beauté de notre environnement, et il a ainsi œuvré plus sûrement pour la cause de l'écologie que les discours abstraits ou moralisateurs des leaders politiques et associatifs engagés dans cette lutte.

Aujourd'hui il revient, avec une exposition au Grand Palais, à Paris, intitulée 6 milliards d'Autres.


Un nouveau projet d'envergure, lancé en 2003, avec toujours ce même objectif : réveiller notre capacité à l'émotion, face à ce qui nous entoure. Mais cette fois l'objectif se centre sur des visages,  rencontrés durant 4 ans, dans 75 pays. Hommes, femmes, jeunes, vieux, notables ou misérables, artistes, intellectuels ou analphabètes, ils répondent avec leurs mots aux 40 questions élaborées par l'équipe de Yann Arthus-Bertrand.

5000 visages, comme une gigantesque mosaïque d'expériences, d'émotions, de larmes et de rires, qui viennent à la rencontre des spectateurs pour un partage dense et vrai, dont on ressort bouleversé.

« Un voyage au cœur de notre humanité, pour réfléchir ensemble à la diversité humaine et culturelle » annonce la plaquette distribuée  l'entrée.

Sous la grande nef, héritée de l'exposition universelle de 1900, les yourtes regroupées par thèmes, invitent dans leur obscurité chaude, les visiteurs à s'assembler autour de l'écran où des visages venus de loin, ou de tout près, leur parlent de leurs « peurs », leurs « premiers souvenirs », du « bonheur », de « la vie après la mort » ou de l'  « amour ». Alors qu'on entend la tempête au dehors, serrés les uns contre les autres,  ceux de la yourtes sont étrangement proches, ils sourient ensemble, rient, ont les yeux humides, un peu gênés, mais heureux soudain d'appartenir à cette innombrable famille humaine, où tous sont différents, mais tous semblables...


Pour l'heure,  après avoir été en partie diffusée sur France 5, après avoir été éditée sous la forme d'un bel album, c'est une exposition qui fait la part belle à l'expérienciel, jusqu'au 12 février à Paris,   elle ira ensuite visiter d'autres capitales...  Parallèlement, l'aventure se poursuit, et chacun peut ajouter sa voix, via le site internet, ou son visage, via le studio d'enregistrement installé au cœur de l'installation.


Une parenthèse heureuse et belle,  dans un monde qu'on s'obstine à ne peindre trop souvent qu'en couleurs sombres.



Par étudiants MASCI 2
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Vendredi 23 janvier 2009

Nous avons tous vu dans la presse cette publicité  pour le parfum Pour un homme de CARON  avec, en figure centrale le rugbyman Sébastien Chabal...
Je ne suis intéressée ni au rugby, ni aux parfums pour hommes, et pourtant, cette image a, à chaque fois arrêté mon regard, pourquoi ?
 

Postulat de départ 

Le code iconographique et symbolique charge le message publicitaire d'une forte valeur ajoutée connotative...  en évoquant explicitement deux personnages issus du Livre des Juges et des Rois, ( Ancien Testament ), texte majeur, partagé par les populations affiliées aux 3 grandes religions monothéistes... Mon cerveau ne verrait donc pas seulement ce qu'il voit, mais aussi tout ce qui hante son souvenir et son imaginaire, à partir des indices identifiés.
 

Référence au mythe


1° Personnage :   SAMSON, le nazir   (ndr : « le consacré ».  )

Jeune homme  à la longue chevelure, que son dieu a doté d'une force extraordinaire, pour  qu'il la mette au service de la lutte des Hébreux contre les Philistins (« juge »).

Sorte de brute au grand cœur, il est trahit deux fois par des femmes (philistines) qui ont su le séduire :

-        Son épouse, lors de leur banquet de noce

Ce qui lui coûtera 30 tuniques, et qu'il paiera dans le meurtre et le saccage du pays philistin.

-        Dalila, à qui il a confié : « le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, car je suis consacré à Dieu depuis la naissance. Si j'étais rasé, je cesserais d'être l'homme de Dieu, je serais un homme comme les autres et je perdrais toute ma force. »

Elle le livrera pour quelques pièces. Il sera tondu dans son sommeil, on lui crèvera les yeux et il sera enchaîné à une meule...

Lors d'un grand banquet, il implore Yahvé, qui lui donne la force de faire s'effondrer le temple où il meurt avec les ennemis d'Israël.


2° personnage :    ABSALOM, fils de David

           Exilé pour avoir tué son demi-frère qui avait abusé de sa sœur, il est d'abord exilé, puis pardonné.
 On dit de lui : « Absalom au mauvais caractère était  l'homme le plus beau  et le plus gracieux de tout Israël. Un de ses charmes consistait dans sa chevelure » On raconte qu'il ne se résignait à les couper, une fois par an, que parce qu'ils étaient si lourds qu'ils en devenaient invalidants.. 
Ambitieux, il trahit son père et usurpe le pouvoir, mais meurt de manière tragique dans la bataille qui les oppose : emporté par son mulet, alors qu'il traverse une forêt, son épaisse chevelure s'emmêle aux branches, où il reste pendu.

Analyse

2 héros virils, revendiquant, à la fois leur beauté mâle et leur force brutale ; et dont la  chevelure, est tout ensemble leur force et leur faiblesse.

Mais :  l'un s'affirme comme une figure positive,

            l'autre comme négative 


S. Chabal, choisi et distingué dans les médias pour cette chevelure atypique, est mis en scène dans cette esthétique biblique . 

Mais dans quelle filiation s'inscrit-il alors ?


Le rugbyman charismatique, a la mine sévère, ses cheveux longs flottent mollement, il a le regard fixé sur le lointain ...  comme aspiré par quelque chose au delà de nous. Ici vêtu comme un moine zen, tenant le ballon ovale d'un noir laqué, comme une offrande, il paraît concentré et détaché du réel immédiat...

Par ces détails redondants dans leur signification, il s'ancre donc du côté du pieux Samson , dans la posture d'un « juge » : c'est-à-dire  « héros envoyé par Dieu au secours de son peuple ».

Une interprétation d'ordre mythologique, confortée par la rhétorique employée habituellement autour du rugby où l'on parle de «  dieux du stade » à côté de la classique rhétorique guerrière  du « bouclier de Brennus ».


Anti-Barthez dans le fond comme dans la forme, Sébastien Chabal devient ici symbole d'une beauté virile où la force est sublimée par la transcendance et la discipline : c'est l' « art »  dont la marque le réclame.

Il incarne ainsi l'Homme d' « aujourd'hui » synthèse de toutes les tensions de la masculinité, et de toutes les traditions : biblique, asiatique, gréco-romaine...


Le détour par les archétypes , en abolissant pour Caron les barrières de l'espace et du temps, offre ainsi  un champ immense de possibles identifications, comme autant de promesses de vente. 


Par étudiants MASCI 2
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Mardi 6 janvier 2009

A la fin du XX° siècle, un département important dans la structure des organisations, s'est trouvé partout rebaptisé. Sans grand tapage, et même, dans une indifférence quasi générale la « direction du personnel » est devenue « département des  ressources humaines ».

Pourtant il s'agissait là d'un bouleversement de taille.

Car il est sans cesse à souligner que les modifications apportées au lexique ne sont jamais anodines.
Mais pour tenter d'en comprendre ici toute la portée, nous allons nous appuyer sur deux enseignements clés de la linguistique.


Le premier, que nous devons aux travaux de pionnier de F. De Saussure (1906-1910),  nous apprend que le SIGNE LINGUISTIQUE , est constitué  de deux entités indissociables qui sont : le Signifiant (forme)et le Signifié (concept)

Le sens pris par le signe linguistique étant déterminé :

-        par le lien arbitraire du signifiant et du signifié
(la convention qui fait que /pomme/ signifie ð)

-        par la combinaison des sens dénotés et connotés attachés au signifié 
(/pomme/ signifie tout autant: le fruit, le péché originel etc...)


Le second, que nous devons à l'Ecole de Palo Alto, attire notre attention sur le fait  qu'un message ne prend son sens que dans sa mise en contexte.

Chacun des éléments, en tant que tel, et dans son interaction avec les autres, participant du sens .


De ces deux rappels théoriques, nous pouvons tirer la conclusion que toute modification , si infime puisse-t-elle sembler, dans la conception et la diffusion d'un message verbal, impacte son sens , pour l'émetteur, comme pour le récepteur.


Que nous enseigne alors la substitution nominale présentée plus haut ?

«  Direction du Personnel » :

 . réfère à deux entités distinctes

 . renvoie à un antagonisme de rôles (direction VS personnel)

 . marque explicitement son rattachement au sommet de la  hiérarchie

 . une hiérarchie verticale de l'organisation, préférentiellement descendante

«  Département des Ressources Humaines » :

 . « département » pose d'emblée le cadre d'une relation horizontale

 . le qualificatif « humain » suggère une similitude, une parenté, une communauté
 . quant au générique retenu : « ressources » il est connoté de manière positive, par opposition à « manques, défaut »


On a donc substitué une dénomination qui induisait l'idée d'une autorité d'essence, de type hiérarchique, unilatérale et potentiellement conflictuelle ; par une autre qui de manière redondante, installe une relation égalitaire, transversale, entre les différentes parties prenantes. Il s'agit cette fois d'induire  l'idée d'une  coopération en vue d'une optimisation, mutuellement satisfaisante, des compétences humaines.


Du côté de la réception, certains seraient tentés de voir, plutôt, derrière une volonté affichée de coopération,  un glissement symptomatique, traduit ici dans le mot  « ressources », d'une conception de l'outil de production qui met sur le même plan la gestion des moyens humains, des biens mobiliers ou immobiliers, et  des matières premières.


Car le sens n'est jamais immanent, il est  affaire de construction individuelle ... Et il est bon de l'avoir toujours à l'esprit...



Par étudiants MASCI 2
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Dimanche 21 décembre 2008

Le Luxe, comme la Beauté, tire son essence de la rareté, de l'exception, d'une irréductible singularité...

Or, quand les banlieues et les cours de lycée se sont vues envahies par des accessoires arborant le très select monogramme de Louis Vuitton, la marque s'est vue obligée de sérieusement repenser son positionnement dans l'imaginaire collectif...


Car, l'objet de luxe n'est pas convoité pour l'usage que l'on en fait, ni pour ses qualités intrinsèques, qui ne sont là que comme de nécessaires mais transitoires a priori. On le recherche pour les valeurs subjectives qu'il exprime, pour l'univers de référence(s) qu'il transporte, et dont il nimbe ceux qui s'en approprient les fétiches.


Grâce au lancement des City Guides, il y a 10 ans; aujourd'hui mis en images au travers d'un film corporate très soigneusement élaboré, la célèbre maison parisienne est parvenue réaffirmer son exceptionnelle différence en redéfinissant le concept même de Luxe. 


Revendiquant désormais une préférence radicale pour l'ETRE plutôt que l'AVOIR, elle met ses pas dans ceux des adeptes de la "simplicité volontaire" et de ces post écolo-baba que l'on appelle outre atlantique les "cultural creatives"....


Faut-il voir là un signe encourageant d'évolution des consciences chez les consommateurs d'avant garde que sont les clients du luxe ?
ou la preuve affligeante que 50 ans d'hyperconsommation ont fait de l'Etre, la denrée rare de ce  XXI° siècle balbutiant ? 




Par étudiants MASCI 2
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